Née en 1993 à Trèves (Allemagne), basée à Lyon (France).
À mi-chemin entre rigueur archéologique et errance incongrue, la pratique d’Elsa Muller s’attache à révéler les aberrations de nos environnements numériques et de nos interactions sociales. Artiste-exploratrice, elle sonde les terrains en friche d’internet à la recherche d’anomalies, fragments oubliés, images inexploitables et inexploitées. Traces d’une étrange sociabilité, elles sont ensuite manipulées et réinjectées dans un travail en série d’une grande protocolarité. Elsa Muller use d’une surexploitation des sujets et de la répétition de formes stylisées, reflet de l’extrême saturation des méandres numériques. Vaches des prairies virtuelles, marathonien·ne de jeu vidéo, pères de famille conquérants : les figures qu’elle convoque appartiennent à une certaine vernacularité, rendue troublante par le processus artistique. Leur banalité devient suspecte, leur présence critique. En peinture comme en vidéo, les espaces sont redressés, les images standardisées, les couleurs vibrantes, en aplat. Une ode picturale aux pigeons urbains marginalisés, icône de résilience, investit en creux des questions fondamentales : Que reste-t-il des utopies artistiques et politiques ? Quelle est la place de l’artiste dans une société en crise, désabusée, inondée de récits préfabriqués ? Refusant la résignation, Elsa Muller procède par glissement, occupe l’écart ouvert par l’absurde où subsiste encore un potentiel de disruption
Écrit par Juliette Gaufreteau.