Né en 1984 (Chili), vit et travaille à Santiago (Chili).
On raconte que l’intégralité des cellules composant notre corps se régénère en l’espace de dix ans. Ce même corps se ferait traverser, chaque seconde, par des millions de particules élémentaires émanant de phénomènes cosmiques. Que disent ces mouvements sur l’intégrité de notre être ? Et que signifie le vertige que nous pouvons ressentir face à cette porosité entre nous et notre environnement ?
Javier González Pesce est fasciné par les théories scientifiques, et plus précisément par leur capacité à simultanément refléter et bousculer notre regard anthropocentrique. Ému par la quête de sens des humain·es, il plonge au cœur de l’histoire des sciences – dont l'étude montre que les différentes tentatives d'expliquer le monde éclairent avant tout le contexte social qui les a vu naître. Chaque théorie se révèle être une construction culturelle, véritable échafaudage mêlant politique, philosophie, spiritualité et observations de terrain. Ces dernières sont toujours conditionnées par la performance des outils et instruments à disposition, informant davantage sur la technologie de l'époque que sur le sujet étudié. Tenir compte du contexte historique permet alors de questionner l’idée de "neutralité" et de "vérité" scientifique, de progrès linéaire des savoirs, ouvrant à des récits plus polyphoniques de l'univers.
Javier González Pesce traduit ces réflexions dans des installations ludiques et cinétiques qui mettent en jeu des corps humains désarticulés, des schémas scientifiques, des constellations d’objets du quotidien, des chants évoquant la révolution des planètes. Il confronte les échelles micro et macroscopique avec une dimension plus métaphysique, proposant une cosmogonie personnelle et sensible, une vision du monde tel un gigantesque jeu d’action et de réaction dans lequel rien n’est stable : tout est mouvement, transformation, interaction. C’est précisément dans cette précarité des équilibres que réside la beauté du mouvant : elle donne à voir les milliards de possibilités d’existence qui s’offrent à nous, jamais figées, pouvant être réinventées en permanence.
Écrit par Isabelle Henrion.
Un adage connu désigne d'idiot·e la personne qui regarde le doigt au lieu de s'émerveiller de la lune pointée par le sage. Mais est-ce vraiment si idiot de considérer ce doigt tendu, et donc d'interroger la position – valorisée et souvent privilégiée – de cellui qui indique la direction, qui détient l'autorité ? Dans un monde traversé de tensions idéologiques, de manipulation des informations, de médiation technologique croissante, n'est-ce pas sain de tenir compte de l'ensemble du système de production et de diffusion des savoirs ? De ne pas se laisser aveugler par la brillance séduisante de l'astre, mais de s'assurer des motivations de celleux qui orientent notre regard ?
Les trois artistes réuni·es lors de cette sortie de résidence, Sabine Fischer (DE/IS), Valeria Limongi (IT) et Javier Gonzalez Pesce (CH), partagent cette curiosité pour les outils – techniques, scientifiques, spirituels comme idéologiques – qui façonnent notre vision et notre vivre-ensemble. Iels décortiquent les manières dont les humain·es créent du sens, et accordent une place importante au rôle que jouent nos sensations et nos vécus dans ces processus de connaissance et d'interprétation de soi et du monde.
Écrit par Isabelle Henrion.